Pour que la nature et les humains comptent

Clément Feger, co-directeur scientifique de la chaire, est aussi l’un des experts de l’IPBES, organe intergouvernemental regroupant des experts scientifiques de la biodiversité.

L’IPBES vient de sortir un nouveau rapport auquel Clement Feger a participé en tant qu’auteur principal, au chapitre 4. Celui-ci évalue les méthodes permettant de mesurer les impacts des entreprises sur la biodiversité et leur dépendance à son égard.

Dans sa dernière partie, ce chapitre aborde une question cruciale mais encore peu explorée : comment intégrer concrètement les indicateurs de biodiversité dans les systèmes comptables des entreprises ?

Voici les messages clés :

Il n’existe pas une seule approche, mais tout un éventail d’approches. Celles-ci diffèrent selon deux axes :

Les approches qui visent à la fois un degré d’intégration plus élevé dans la comptabilité d’entreprise et qui prennent en compte les valeurs intrinsèques ou relationnelles de la nature ont un potentiel plus fort pour soutenir un changement transformateur. Ces méthodologies comptables alternatives peuvent subordonner l’évaluation financière et les bénéfices des entreprises à leur engagement à rembourser leur dette envers la nature. Elles permettent ainsi de donner la priorité à la protection des écosystèmes plutôt qu’aux profits à court terme des actionnaires.

Les choix politiques et les visions du monde qui sous-tendent les normes de reporting en matière de développement durable influencent directement la manière dont les entreprises sont tenues responsables de leurs interactions avec la biodiversité, ainsi que l’ampleur des changements transformateurs qui peuvent être réalisés. Les approches comptables et de divulgation qui se concentrent uniquement sur les risques et la matérialité financière compromettent la capacité des entreprises à prendre des mesures visant des résultats à long terme ayant des implications au niveau du système.

Le rapport souligne l’importance d’articuler l’intégration de la biodiversité dans le système comptable à plusieurs niveaux : entreprise, nation et (socio-)écosystème. Cette articulation à plusieurs niveaux n’est pas un détail technique — c’est une question fondamentale de gouvernance.

Ce faisant, le rapport reconnaît l’importance du domaine émergent de la « comptabilité centrée sur les écosystèmes » comme moyen de faire le lien entre les comptes d’entreprise et les contextes socio-écologiques impliquant de multiples acteurs locaux. Elle peut soutenir des processus cruciaux d’évaluation collective et de dialogue, et permettre la structuration de responsabilités écologiques partagées à l’échelle du paysage.

Ce dernier point s’appuie directement sur les travaux menés par la Chaire depuis 10 ans.

Consultez tous les chapitres ici (dans un format non édité pour l’instant) : https://lnkd.in/eJgaRerb